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La littérature albanaise Stampa E-mail
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Scritto da Blerim Osmani   
Mercoledì 07 Luglio 2010 09:28

Naissance et renaissance

 

Les Albanais, peuple dont on ignore presque tout, donnent, la plupart du temps, une impression de culture littéraire et historique quelque peu pauvre. Pour cause, la méconnaissance de ces derniers règne dans la grande majorité des nations de ce monde.

 

Cependant, la réalité est toute autre. En dépit de leur proximité avec les Grecs et les Romains, ils ont su garder, grâce à une tradition orale millénaire, leurs caractéristiques propres et les transmettre de générations en générations et de villages en villages.

 

 

De plus, les Albanais ont, la plupart du temps, été dirigés par de grands intellectuels nourris d’une impressionnante curiosité sur le monde extérieur et le savoir universel ou bien d’hommes étant directement concernés par le destin de leur Patrie.

Ces différents individus, ont été les grands porteurs de la renaissance nationale et ont défendus, par leurs actes et leurs écrits, la cause albanaise des nombreux envahisseurs tentant de les asservir.
Qui étaient ces hommes ? De quoi traitaient-ils dans leurs écrits ? Et surtout, qu’apprenons nous de cette mystérieuse nation ?


XVème au XVIIème siècle
La littérature albanaise prend naissance au XVème siècle avec le plus ancien texte trouvé datant de 1462. Néanmoins, certains affirmeraient que l’albanais a sans doute été écrit dès le XIVème siècle. Dans le contexte d’une Albanie fraichement envahit par l’Empire Ottoman, un grand nombre d’érudits font apparition pour s’y opposer.

 

Leurs écrits relatent des faits sociaux de l’époque et de l’histoire albanaise qui jusque là était transmise de manière orale. La langue dans laquelle ils écrivaient était au départ le latin. Cela s’explique par le fait qu’une grande majorité de ces auteurs étaient des moines catholiques et qu’ils tentaient de faire connaitre notre histoire et notre culture aux différentes nations de l’Empire Romain.

 

Frang Bardhi (1609 – 1643), par exemple, est l’auteur d’un dictionnaire latin-albanais de plus de 8'000 mots publié en 1635. Nous pouvons également trouver une interprétation en albanais de l’Evangile par Gjon Buzuku datant de 1555. Par ailleurs, il ne faut pas oublier non plus Lekë Matrenga (1563 – 1619), Pjetër Budi (1566 – 1623) ou encore Pjetër Bogdani (1625 – 1689) qui sont de grands symboles de cette période. Dans un autre registre, Marin Barleti, humaniste, historien et écrivain, rédigera, en 1504, un livre sur le siège de la ville de Shkodra par l’Empire Ottoman.

 

XIXème et XXème siècle
Cet incroyable élan de richesse littéraire s’éteindra ensuite, malheureusement, durant près de deux siècles sous la domination ottomane après la mort de Gjergj Kastrioti en 1468. Une grande partie de l’élite intellectuelle s’enfuyant en Italie et l’autre se soumettant à l’ennemi pour ne pas avoir à subir ses représailles, il ne restait alors guère d’individus pour s’exprimer.

 

Ce ne sera qu’à partir du début du XIXème siècle lorsque le déclin de l’Empire s’amorce que nous assisterons à la renaissance de la littérature albanaise. Le siècle des lumières, la Révolution française ainsi que le mouvement romantique européen inspireront considérablement les écrivains albanais. C’est également à ce moment là que commence à se structurer un mouvement en faveur de l’indépendance.

 

En 1878, sous la direction d’Abdyl Bey Frashëri et de plusieurs grands autres esprits, la Ligue de Prizren est fondée. Fan Noli, né en 1882 et mort en 1965, témoigne parfaitement de ces avancées. Véritable encyclopédie vivante, il était un érudit maitrisant de nombreuses langues comme l’hébreu, le sanskrit, le turc, le français, l’anglais et l’allemand.

 

Cela lui a d’ailleurs permit de traduire les œuvres de certains auteurs comme Shakespeare, Cervantès, Dante, Poe, Baudelaire, Hugo et Ibsen en albanais. Difficile de faire mieux ! Son talent ne se limitait pourtant pas cela. Il était aussi poète, dramaturge, chroniqueur politique, critique littéraire féroce, musicien et acteur en Egypte. Egalement, comme si ce n’était pas suffisant, il fut aussi chef du gouvernement, en Albanie, en 1924.

 

Les écrivains albanais de la renaissance étaient donc revendicatifs et avaient pour objectifs de s’engager afin de donner de l’espoir au peuple en restaurant la fierté et la dignité nationale à travers les différentes qualités chevaleresques (comme la bravoure, l'hospitalité, la « besa » ou parole donnée, le sens de l'honneur, le strict respect des coutumes...) dont faisait preuve les descendants de l’aigle.

 

Bien évidemment, nous nous rendons facilement compte de l’exagération de toutes ces différentes vertus qui leur étaient octroyées. Cependant, la convoitise et l’invasion du pays par ses voisins justifiaient ce regard embellit qui était donné à la masse populaire. De plus, il fallait montrer aux nations voisines que les nouveaux Illyriens ne sont pas à dénigrer. Bien au contraire !

 

De part leur passé historique, les Albanais sont une partie intégrante et incontournable de l’histoire de l’Europe. Preuves à l’appui, cette belle et ancienne nation à donné plusieurs femmes et hommes de grandes renommées aux différents Empires de ce monde : Quatre Papes, vingt-quatre empereurs romains, dix-sept hommes d’état de l’Empire Ottoman (Egypte, Syrie, Liban, Grèce, Bosnie-Herzégovine, …), ainsi que de nombreux philosophes, humanistes et défenseurs de la liberté.

 

Voila la vision que voulaient donner ces écrivains de la littérature albanaise. Vous pourrez vous en apercevoir en lisant les nombreux poèmes de Naim Frashëri (1846 – 1900) tels que « La véritable aspirations des Albanais » publié, en 1886 à Bucarest, « L’histoire de Skanderbeg », en 1898, « Notre langue », « Toi Albanie me donne de l’honneur », etc.… Toutefois, pour éviter de tomber dans l’angélisme et pour faire changer les mentalités, certains auteurs n’hésitaient pas à critiquer en disant ce qu’ils pensaient.

 

C’était entre autre le cas de Pashko Vasa avec « Albanie, pauvre Albanie ». Ce poème défendait l’idée d’une union nationale forte passant avant quelconque opinion politique ou spirituelle. Egalement, de ce même auteur, « La vérité sur l’Albanie et les Albanais », en 1879, à Paris, « Bardha de témal, scènes de la vie albanaise » publié sous le pseudonyme Albanus Albano pour ne pas être inquiété par l’Empire Ottoman.

 

Faik Konitza, descendant d’Ali Pasha de Tepelen, est né en 1875 à Konitza. Grande figure de cette période, il est l’un des grands géni albanais de son temps et a vécu et étudié dans de nombreux pays autre que le sien. De ce fait, en plus de l’albanais, il a eu l’opportunité d’apprendre plusieurs langues comme le turc, le français, l’allemand, l’anglais, l’italien, le latin, le grec, l’hébreu, le sanskrit et l’hindou. Son goût prononcé pour la culture occidental l’amène à rencontrer Guillaume Apollinaire (de qui il sera le mécène) dans un des grands salons d’Europe qu’il fréquentait. Ils correspondront ensemble durant de longues années et se lieront d’une grande amitié.

 

Comme nombres de ses pairs albanais, Faik Konitza a également fait de la politique dans le but de continuer à porter sa patrie de l’avant. Sa fonction aura été de représenter l’Albanie en tant que diplomate à Washington. C’est finalement là-bas qu’il finira ses jours le 15 décembre 1942. Ses cendres ne seront rapatriées, sur le sol albanais, que quelques décennies plus tard, lors de la chute du mur de Berlin, en conséquence du communisme.

 

Ensuite, nous pouvons également évoquer Migjeni le Mozart de la littérature albanaise. Il est l’un des poètes le plus talentueux et le plus étonnant de son époque. D’autant plus lorsqu’on découvre son jeune âge. Certains de ses contemporains ont dû patienter plusieurs dizaines d’années avant de connaître le succès. Lui, il n’aura eu besoin que de 26 ans.

 

L’âge auquel il est décédé. Ses poèmes étaient à l’opposé de ce qui se faisait à l’époque. Le « Réveil » était l’une des principales formules poétiques de la Renaissance nationale. « Réveille-toi pour te persuader de ta noblesse ! » chantaient les animateurs de ce mouvement. Migjeni lui disait « Réveille-toi pour prendre conscience de ta détresse ! ». Il était d’inspiration sociale et de courant dit progressiste.

 

D’autre part, notre talentueux artiste se gardait de toutes positions politiques dans ses écrits. Son travail devait être reconnu pour sa force poétique et non pour un quelconque engagement. Avec cela, il se dressait contre les lois rétrogrades de la famille, de la religion et de la société. Il portait un regard sarcastique sur le mariage et ses principes mais ressentait beaucoup de compassion pour des femmes réduites à la prostitution. Certains affirment qu’il serait mort sans avoir connu les joies de l’amour charnel. Vous pouvez donc déceler dans son écriture certaines contradictions. Mais au fond, ce n’était peut-être que la révélation de sa propre vie.


XXème siècle
Plus proches de nous, au XXème siècle, sous le régime communiste d’Enver Hoxha, la doctrine marxiste mis en place par ce dernier régissait l’art et sa pensée sous toutes ses formes. La censure était omniprésente. Dès lors, les nombreux liens tissés par nos écrivains avec leurs homologues français, allemand et anglais, avaient presque entièrement disparus.

 

Ismail Kadare, dont vous pouvez lire la biographie sur notre site, s’impose et parvient à faire redécouvrir l’Albanie et sa culture, plusieurs fois millénaire, au peuple occidentale. A coté de lui, on peut citer Jusuf Vrioni principalement connu pour avoir contribué au succès de Kadare en ayant traduit un grand nombre de ses livres en français mais aussi pour avoir été ambassadeur d’Albanie à l’UNESCO. Si non, s’impose aussi des auteurs comme, Dritero Agolli, poète, écrivain et journaliste ayant publié ses premières poésies à l’âge de 15 ans.

 

Possédant un diplôme de philologie et de journalisme de la faculté des Arts de Leningrad, la langue albanaise et son histoire seront les principaux thèmes de ses œuvres. Au même titre, Ylljet Alicka, Fatos Arapi, Shefki Hysa, Bilal Xhaferi ont également apporté leur contribution à l’édifice de la littérature du XXème siècle. Du côté des femmes, quasi inexistantes jusque là, nous pouvons citer Diana Çuli, Elena Kadare, Natasha Lako, Ornela Vorpsi et Suzana Zisi. Possédant un talent aussi bon, voir parfois meilleurs que certains de leurs homologues hommes, elles participent à la richesse et à la propagation de la littérature albanaise à travers l’Europe.

 

Voici donc en ce qui concerne les lumières littéraires provenant d’Albanie. Cependant, malgré l’occupation yougoslave, il en existait également dans les autres régions albanaises de Macédoine et du Monténégro, où les albanais représentent une forte minorité, et du Kosovo où ils sont plus de 90 %. A partir de 1915, le gouvernement yougoslave de l’époque eu recours à l’expulsion de nombreux Albanais du Kosovo, leur confisqua des terres afin de les repeupler par les Serbes et interdit l’enseignement de la langue albanaise en fermant plusieurs écoles.

 

Jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale, les publications albanophones se faisaient donc clandestinement au régime oppresseur (dirigé par la Serbie et sa monarchie) dans des revues telles que « la vois de la jeunesse », « La renaissance » ou « La vie nouvelle ». Essad MekuliS, avec son recueil « Pour toi », en 1955, deviendra l’œuvre référence durant un grand nombre d’années. A partir de 1960, la littérature se diversifie et les thèmes plus personnels se penchant sur les difficultés de la vie, le sens qu’on lui donne et sur les problèmes de communication entre les individus prennent le dessus.

 

De plus, certains artistes n’hésitent plus à juger la bureaucratie, non sans risques, et la critique littéraire ou politique deviennent d’importantes institutions. Adem Demaçi illustre très bien cet état de fait. Écrivain et célèbre défenseur de la liberté ayant remporté le prix Sakharov en 1991, il a fait les frets de cette répression en ayant défendu par la parole et par l’écrit les droits les plus élémentaires des Albanais du Kosovo.

Arbëresh
Reste encor à traiter le cas spécifique et sociologiquement intéressant des Arbëresh. Ces derniers sont des Albanais qui lors de l’invasion ottomane, dans le but de préserver leur culture et de ne pas se soumettre à l’ennemi, ont quitté le pays pour rejoindre l’Italie, au XV et XVIIème siècle, où l’environnement était bien moins hostile et plus propice à une vie pérenne.

 

Une fois là bas, la résistance ne s’est toutefois pas éteinte. Dans ce but, Charles V, Roi de Sicile de 1516 à 1556, les installe au sud de l’Italie et poursuit en leur compagnie la bataille contre l’avancée des turcs. Depuis, les soldats du rois de Naples et de la république de Venise, sont habituellement fournis par la communauté Arbëresh du sud de l’Italie. De plus, ils ont également contribué à la Révolution française en combattant au coté de Napoléon Bonaparte. Ils ont également contribué à l’unité italienne en combattant au près de Garibaldi.

 

Aujourd’hui, ils sont traditionnellement regroupés dans dix provinces de sept régions différentes, soit les Pouilles, les Abruzzes, le Molise, en Campanie, le Basilicate, en Calabre et en Scicile. Leur présence là-bas, s’explique par le combat que plusieurs clans Arbëresh, menés par Gjergj Kastrioti (Skanderbeu) ont livré au coté d’Alphonse V d’Aragon, dit le Magnanime, rois de Naples, en 1448, pour mater une rébellion montée par ses vassaux au sud de l’Italie. Ainsi, pour les remercier, il leur offrit des terres dans la province de Catanzaro en Calabre. En 1450 ensuite, après être intervenu en Sicile, et avoir contribué à la création du royaume des Deux-Siciles, ils s’installent à proximité de Palerme.

 

 
Bien qu’étant, de toute évidence, très bien intégrés à la société italienne et à son histoire, les arbëresh n’ont pour autant pas délaissé leur culture d’origine. La littérature arbëresh est de ce fait incontestablement imprégné de ce riche et tumultueux passé. Se bornant au départ à des traductions de textes religieux, de prières et de catéchisme du latin à l’albanais, elle passe ensuite à la poésie. Les auteurs de cette période, à l’instar de Jul Variboba (vers 1730 – 1762), décrivent les villages arbëresh et témoignent de l’enrichissement de la langue ou des progrès de la versification.

 

Tout comme leurs frères d’Albanie, du Kosovo, de Macédoine ou du Monténégro, il leur est également arrivé de produire des œuvres patriotiques. Vous pouvez effectivement le constatez chez Jeronim (Geronimo) de Rada (1814 – 1903) ou Gavril Dara le Jeune (1826 – 1885). Aujourd’hui encore, l’origine albanaise de cette population est loin d’être enterrée. Elle s’exprime entre autre à travers un grand nombre de médias telle que la publication de nouvelles revues (Notre village, le Feu, le Réveil, la Ligne, organe du Cercle des écrivains et des artistes arbëresh) ou la Radio-Skanderbeg.  Qui plus est, dans certains villages, l’enseignement de l’albanais à l’école primaire est toujours en vigueur.


En quelques mots, la littérature albanaise varie considérablement en fonction de sa provenance (Albanie, Kosovo, Macédoine, Monténégro ou Italie), son style ou son époque. Autrement dit, les thèmes abordés et le style adopté ne sont pas les mêmes selon le passé historique de la région. On a ainsi vu que la renaissance nationale s’est davantage déroulée en Albanie que dans les autre régions étant sous colonisation ex-yougoslave.

Ceci étant dit, la littérature albanaise possède ce fond commun provenant de son histoire et de son appartenance. En effet, que ce soit les romans d’Ismail Kadare, les écris de Faik Konitza, ceux de Naim Frashëri, Lekë Matrenga ou Gjon Buzuki, tous relataient ces légendes et ces folklores populaires, si importants et si révélateurs de notre culture.

2010-07-07

 


Svizzera / Confédération suisse

La connaissance

conduit à l'unité

comme l'ignorance

mène à la division.

Pour opinion@

Di: Blerim Osmani

Ultimo aggiornamento Giovedì 08 Luglio 2010 16:06
 

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